Les chevaliers de la tarte flambée

septembre 2017 | Décalé

Ils ont l’amour du patrimoine gastronomique chevillé au corps. Les chevaliers de la flamm, ardents défenseurs de la tarte flambée traditionnelle, sont prêts à en découdre.

Sus à la tomate ! Halte à la roquette et aux olives noires sur la flammekueche ! Haro sur toutes les déclinaisons fantaisistes en matière de garniture. Vade retro, gambas et ananas ! Arrière, reblochon et roquefort !

La tarte flambée des origines a trouvé ses valeureux défenseurs : les chevaliers de la flamm. Vous en connaissez sûrement. Vous-même n’avez-vous jamais une fois revêtu la côte de maille de ces sentinelles culinaires, ne serait-ce que devant le spectacle d’une tarte flambée aux escargots ou aux fruits de mer ? N’avez-vous jamais formulé un “n’importe quoi !” devant une garniture de tarte flambée peu conventionnelle ? 

N’importe quoi !

“N’importe quoi !” : voilà bien en effet le cri de guerre des chevaliers de la flamm. Rien qu’à l’évocation d’une garniture peu orthodoxe, notre combattant de la flamm éternelle réagit. Le tocsin résonne. Notre noble soldat grogne parfois, hausse souvent les épaules, souffle puis lâche son “n’importe quoi !”, mêlant incompréhension et agacement, voire accablement. Sa tête pivote ensuite de droite à gauche, les sourcils se soulèvent et se froncent. Le regard semble chercher dans l’immensité les raisons d’une telle ignominie. 

“N’importe quoi !” à l’idée d’une flammekueche au fromage de chèvre rehaussé d’une pointe de miel. Une flammekueche aux asperges, à la tomme du Ried, pire, à la banane ? Vous n’y pensez pas. Diantre ! Le preux chevalier sort alors de son fourreau son arme pour battre le fer contre ce qu’il estime être une hérésie culinaire.

Et ne lui parlez pas de chorizo et gorgonzola sur la tarte flambée au risque qu’il déverse du haut du donjon la crème rancie et bouillante qu’il garde précieusement à cet effet. Non, le chevalier de la flamm n’est pas un adepte d’une tarte flambée dégradée en pizza. L’interprétation de la recette traditionnelle au gré des vents de la créativité et de la diversité des saveurs, très peu pour lui. Qu’on se le dise !

Remarquons que ce “n’importe quoi” est d’ordinaire suivi du “Ce n’est pas ça la tarte flambée”. Pas de discussion, ni d’explication. L’affaire est close.

 

Conservatisme culinaire ?

Oyez, oyez, braves mangeurs de flammekueche et curieux lecteurs des spécificités régionales, sachez que la cuisson au feu de bois, une pâte bien goûteuse, du lard, des oignons et un bon appareil relevé comme il faut, suffisent au bonheur gourmand du chevalier de la flamm et de ses vaillants congénères.

Selon son degré d’acceptation de la nouveauté, sa tolérance à la version gratinée est aujourd’hui bien assurée. Le champignon a réussi son examen de passage chez la majorité des chevaliers de la flamm. En revanche, le munster passe encore avec difficulté l’épreuve des armes. 

Et tel le héros qui marque avec la pointe de son épée un Z qui veut dire Zorro, le chevalier de la flamm, lui aussi héros en son genre dans un monde culinaire ouvert aux vents de la mondialisation, est lui aussi tout à fait capable d’apposer son F. Lettre qui veut dire… flammekueche.

Alors, conservatisme culinaire contre modernisme gourmand ? Le chevalier de la flamm n’a cure de ces concepts triturés, galvaudés et qui séparent le monde de façon artificielle. Lui, les mots en “isme”, ne l’intéressent pas concernant la tarte flambée. Il lui préfère nettement les mots en “ueche”.

Ce qu’il aime plus que tout, c’est son terroir, la tarte flambée de son enfance. Pour lui et les siens, la tarte flambée est tout sauf un élémentaire bout de pâte garni de quelques ingrédients rustiques. Il y voit un morceau de son patrimoine, de sa culture. Il y perçoit ses références qui l’ancrent puissamment à son terroir.  

Et c’est grâce à l’armée de ces chevaliers de la flamm, simples gourmets, restaurateurs et tout autre amateur exigeant, que la tarte flambée poursuit son bonhomme de chemin. En ville comme à la campagne, en Alsace, sa terre d’élection, et ailleurs, le combat pacifique et gourmand de ces chevaliers pourtant bien contemporains pour la sauvegarde d’une recette qu’ils aiment et veulent transmettre et partager. 

 

6 Commentaires

  1. marie

    Cet article plein d’humour met à l’honneur la traditionnelle tarte flambée et ses ardents défenseurs. Ces derniers existent. J’en connais qui ne démordent pas de la recette qu’ils estiment traditionnelle. Il est vrai qu’elle est bonne cette tarte flambée nature mais aussi additionnée de ce qui nous est cher en alsace les myrtilles, le munster , la choucroute, …. A mon goût certaines variantes ont du charme. Ha la tarte flambée gratinée, forestière, flambée aux pommes….
    Comme évoqué dans l’article consacré aux tartes flambées aux asperges certaines adjonctions sont réussies. Pour ma part je ne suis en revanche pas adepte des variations trop originales : tomates, olives, ananas, fruits de mer ???? heu… pas pour moi.

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  2. Nathalie

    Super! Bienheureux chevaliers de la tarte flambée!
    Il faut bien la défendre notre bonne tarte contre la montée en puissance de ces fausses flammekuechen proposées un peu partout!

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  3. Remy l'Alsacien et fier de l'être

    Vive l’alsace et ses flamm, vive le terroir, vive la tradition

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  4. Nadine M.

    Bon c’est vrai, heureusement qu’ils sont là, mais il sont un peu rigides quand même. Moi, je me bats avec mon compagnon qui est de la trempe des chevaliers et qu’est-ce que c’est soulant parfois au resto. Bon, on fait avec.

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  5. Anonyme

    Ces chevaliers de la tarte flambée démontrent positivement que cette sauvegarde de recette fortifie la tradition de l’éternelle flammekueche d’Alsace.

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  6. FISCHER BRAUN MICHELE

    Cet article est véridique, je crois que le bon alsacien reste ancré dans les traditions…

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